Alors que l’Écosse approche de ses prochaines élections, le vote rural – composé d’environ 67 000 travailleurs agricoles et 30 000 agriculteurs – apparaît comme une force politique essentielle, mais souvent négligée. Le secteur traverse actuellement une période de transformation profonde, entraînée par les conséquences du Brexit et un changement fondamental dans l’objectif de l’industrie.
Un secteur en transition : de la production alimentaire à la gestion de l’environnement
Pendant des décennies, la principale mesure de réussite de l’agriculture écossaise était la production alimentaire. Cependant, un nouveau mandat émerge : les agriculteurs sont de plus en plus invités à agir en tant que gardiens des campagnes, chargés de protéger la biodiversité et d’atténuer les effets du changement climatique.
Ce changement crée une tension complexe entre deux besoins concurrents :
1. Sécurité alimentaire : La montée de l’instabilité mondiale et les conflits au Moyen-Orient ont mis en évidence la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement alimentaire, faisant grimper les prix dans les supermarchés et faisant de la production nationale une question d’importance nationale.
2. Mandat environnemental : La politique gouvernementale s’oriente vers la récompense des pratiques « respectueuses de la nature », qui peuvent parfois entrer en conflit avec la production à haute intensité requise pour maintenir la nourriture à un prix abordable.
« Nous pouvons fournir bien plus que de simples aliments de qualité », déclare Andrew Connon, président de la National Farmers’ Union (NFU) d’Écosse. “Nous pouvons contribuer à l’atténuation de la biodiversité, de la nature et du changement climatique si nous disposons d’un secteur pleinement fonctionnel, durable et rentable.”
La fracture politique : comment les partis envisagent de soutenir l’Écosse rurale
Le principal défi pour tout nouveau gouvernement est de savoir comment financer cette transition. Dans le cadre de la précédente politique agricole commune de l’UE, les agriculteurs bénéficiaient d’une sécurité financière à long terme, avec un financement souvent garanti jusqu’à huit ans à l’avance. Depuis le Brexit, le gouvernement écossais a pris le contrôle de ces fonds, mais la transition reste incertaine.
Les principaux partis politiques ont proposé des stratégies divergentes pour gérer le budget agricole :
- SNP : Plaide pour une « transition mesurée » qui équilibre les besoins environnementaux avec la survie du secteur. Ils ont également proposé de plafonner les prix des denrées alimentaires de base pour garantir un prix abordable.
- Travail : propose un modèle de redistribution, plafonnant les paiements directs aux plus grandes entreprises agroalimentaires afin de rediriger les fonds vers les petits producteurs et agriculteurs.
- Verts écossais : L’accent est mis sur l’incitation à une production « respectueuse de la nature », en donnant la priorité aux subventions pour ceux qui répondent à des critères environnementaux spécifiques.
- Conservateurs : s’engagent à augmenter le soutien agricole d’au moins 50 millions de livres sterling et à mettre en œuvre des accords de financement pluriannuels pour assurer la stabilité.
- Démocrates libéraux : S’engager à réserver un financement pour des périodes de trois ans.
- Reform UK : Viser à remanier le système de paiement pour soutenir spécifiquement les « agriculteurs actifs » et encourager les investissements en capital.
La crise du Crofting : tradition contre développement
Au-delà de l’agriculture à grande échelle, l’Écosse est confrontée à un défi unique dans ses communautés de crofting. L’exploitation agricole traditionnelle – une propriété foncière à petite échelle pratiquée depuis des siècles dans les Highlands, les îles et à Argyll et Bute – est menacée par l’évolution du marché immobilier.
La Scottish Crofting Federation prévient que les exploitations agricoles sont de plus en plus considérées comme des opportunités de développement plutôt que comme des atouts agricoles. Cela a conduit à :
* Prix fonciers en hausse : L’augmentation des coûts exclut les jeunes et les nouveaux arrivants.
* Incompréhension des obligations : Les acheteurs achètent parfois des terres sans se rendre compte de l’obligation légale de maintenir la terre « productive ».
* Diversification : Alors que de nombreux agriculteurs modernisent et diversifient leurs revenus, le modèle traditionnel d’élevage sur pâturage commun évolue.
Les réponses politiques à cela incluent le Rural Renewal Bill proposé par le SNP pour soutenir les nouveaux arrivants, et le projet du Labour d’utiliser les fonds redistribués des grandes exploitations agricoles pour soutenir le secteur de l’agriculture biologique.
Conclusion
Les prochaines élections décideront si l’économie rurale écossaise sera gérée à travers un modèle de gestion de l’environnement, d’intervention directe sur les prix des denrées alimentaires ou de préservation traditionnelle des terres. Le résultat déterminera en fin de compte si le secteur peut rester rentable tout en assumant ses nouvelles responsabilités en matière de climat.





























