La gravité est lourde. Ici, à 8 500 mètres d’altitude, Matthew Wells ressent le contraire. Le médaillé olympique tire avec tout ce qu’il a, son corps flottant librement pendant 22 secondes précises. Pas de bateau. Pas d’eau. Juste l’arc parabolique d’un avion manoeuvrant en apesanteur artificielle.
Il ne s’agit pas de médailles d’or.
C’est une question de survie. Plus précisément, comment empêcher les astronautes de s’effondrer lors de futures missions. Wells teste une invention britannique, qui fait partie d’une ruée mondiale visant à construire des équipements de fitness pour les bases lunaires et les stations spatiales, qui n’a même pas encore été entièrement décidée.
Le problème avec Zero G
Les humains sont construits pour la gravité. Lorsque cette force disparaît, les os et les muscles oublient pourquoi ils existent. Le Dr Dan Cleather de l’Université St Mary’s appelle cela une carie « déchargée ».
“Dans l’espace, nous ne subissons aucune force. Nos muscles, nos os commencent immédiatement à diminuer parce que nous ne sommes pas chargés.”
Les solutions actuelles sont… volumineuses. Sur l’ISS, les astronautes passent environ deux heures par jour sur le tapis roulant et sur le vélo. Deux heures. Cela représente deux heures non consacrées à la science. Pas dépensé pour réparer les fuites. Je ne dors pas.
Meganne Christian, astronaute de réserve de l’ESA et responsable principale de l’exploration, le dit clairement : réduisez le temps de transpiration, libérez le temps de recherche. Si vous réduisez ce bloc d’entraînement de moitié, vous achetez plus de découverte.
C’est exactement ce que promet l’équipe derrière HIFIm (High-FrequencyImpulse for Microgravity). Ils prétendent que 30 minutes par jour suffisent. La moitié du coût actuel.
Pas une seule machine
HIFIm est flashy. C’est intelligent. Il isole les vibrations afin de ne pas perturber les expériences délicates. Il fonctionne sans électricité. John Kennett, un ancien ingénieur aéronautique propriétaire d’un studio de Pilates, l’a inventé. Son inspiration ? Un client en convalescence d’un cancer à faible densité osseuse. Pas un astronaute, au départ. Juste un humain en panne.
“Hors du tableau”, dit Kennett. “Le plus scandaleux jusqu’à présent.”
Mais HIFIm n’est pas seul. La course est internationale.
La société aérospatiale danoise développe E4D, une bête commandée par l’Agence spatiale européenne. Il propose un entraînement résistif, du cyclisme, de l’aviron, du tirage de corde et de la capture de mouvement pour suivre chaque grimace d’effort. Pendant ce temps, le survol lunaire Artemis II de la NASA a déjà testé un dispositif spécialisé à volant d’inertie. Même les toilettes sont tombées en panne. Les humains sont en désordre dans l’espace, peu importe à quel point vous vous étirez.
Pourquoi s’embêter ?
La station lunaire Gateway, la cible initiale de ces gadgets, a effectivement été mise de côté. Mais cela n’a pas d’importance. Artémis arrive. Le plan est de retourner sur la lune et de rester.
“Nous vivons un moment vraiment excitant”, note Christian.
De nouvelles gares sont prévues. Des missions sur la surface lunaire sont rédigées. Tous nécessitent des humains en bonne santé. Si les astronautes perdent leur coordination, ils ne peuvent pas effectuer de tâches fonctionnelles. Ils deviennent des passifs.
Wells trouve « hors de ce monde » que son entraînement olympique puisse aboutir sur Mars, ou du moins sur la Lune.
“N’est-ce pas le rêve de tous les enfants ?” demande-t-il.
Pour les scientifiques, les ingénieurs, les athlètes, oui. Le défi demeure cependant. Les équipements actuels sont lourds. Cela limite la variété des exercices. Il mange la lumière du jour. La solution doit être robuste. Petit. Calme. Efficace.
L’appareil de Kennett répond à cette attente. Le modèle danois aussi. Alors peut-être que la future salle de sport ne ressemble en rien à celle d’aujourd’hui. Il faut juste que ça marche avant d’y arriver.






























