Snowball Earth : les mers étaient plus froides qu’on ne le pensait auparavant et extrêmement salées

14

La Terre a connu un gel profond il y a environ 717 millions d’années, plongeant dans ce que les scientifiques appellent un événement « Terre boule de neige ». Les calottes glaciaires se sont étendues des pôles jusqu’à l’équateur, recouvrant la planète de glaciers et laissant derrière elles des mers sombres et sous-glaciaires privées de lumière solaire. Des recherches récentes publiées dans Nature Communications ont révélé à quel point ces anciens océans étaient glacials : une température estimée à −15°C ± 7°C, ce qui pourrait en faire la température de la mer la plus froide jamais mesurée dans l’histoire de la Terre.

Le casse-tête de l’eau sous le point de congélation

Pour que l’eau de mer reste liquide à des températures aussi basses, il fallait qu’elle soit exceptionnellement salée. L’étude suggère que pendant la glaciation boule de neige du Sturtien (qui a duré 57 millions d’années), certaines poches d’eau de mer auraient pu être jusqu’à quatre fois plus salées que les océans modernes. Cette salinité extrême a empêché un gel complet, semblable aux saumures super salées et inférieures à zéro que l’on trouve aujourd’hui dans le lac Vida en Antarctique.

Cette découverte est importante car elle nous aide à comprendre les conditions dans lesquelles la vie primitive a persisté malgré des changements climatiques extrêmes. Le froid intense et la salinité auraient créé un environnement hostile, mais la vie a trouvé un moyen de survivre dans des poches isolées. Cela soulève également des questions sur l’interaction entre la glaciation, la chimie des océans et l’évolution des premiers écosystèmes.

Comment les scientifiques mesuraient les températures anciennes

L’équipe à l’origine de la recherche a mis au point une nouvelle méthode pour reconstruire les températures passées de la mer en analysant d’anciennes formations de fer. Ces formations s’accumulent lorsque le fer dissous dans l’eau réagit avec l’oxygène, formant de la rouille. La composition isotopique du fer change en fonction de la température : une eau plus froide donne des isotopes plus lourds.

En comparant la signature isotopique du fer dans les formations terrestres en boule de neige avec des gisements de fer pré-oxygénés plus anciens, les scientifiques ont calculé que les mers anciennes étaient environ 40°C plus froides que ces conditions. Cette approche innovante permet aux chercheurs d’extraire des données climatiques à partir de roches vieilles de plusieurs milliards d’années.

La salinité comme facteur clé

L’étude a également confirmé des niveaux de salinité extrêmement élevés. Des analyses indépendantes de sédiments australiens confirment la découverte selon laquelle les saumures de la Terre boule de neige étaient incroyablement concentrées. Cette teneur élevée en sel, combinée au froid extrême, aurait créé un environnement unique où la vie pourrait potentiellement survivre dans des poches isolées.

“C’était très cool d’obtenir la confirmation supplémentaire qu’il faisait en fait très, très froid”, déclare Jochen Brocks de l’Université nationale australienne, dont les travaux antérieurs corroborent les nouvelles découvertes.

La combinaison d’un froid extrême et d’une salinité élevée est significative car elle met en évidence la résilience de la vie face aux événements climatiques catastrophiques. Comprendre ces conditions peut nous aider à mieux évaluer l’habitabilité d’autres planètes et le potentiel de vie dans des environnements extrêmes ailleurs dans l’univers.

Ces découvertes confirment que Snowball Earth était un monde véritablement extraterrestre, avec des océans bien plus froids et plus salés que tout ce que nous voyons aujourd’hui. La recherche ajoute une autre pièce au puzzle du passé turbulent de la Terre, nous rappelant que notre planète a subi des transformations spectaculaires tout au long de son histoire.